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Pour des raisons évidentes, les médecins optent pour travailler dans les métropoles suisses qui disposent d’un meilleur équipement. Par conséquent, les territoires périphériques souffrent d’une pénurie généralisée de médecins, et pas seulement de généralistes. Le déséquilibre entre les praticiens de premier recours, qui manquent, et les spécialistes, trop nombreux, se creuse partout en Suisse. Il est spécialement ancré dans les régions les plus densément habitées. Une étude du bureau BASS (2014) a établi que la densité de spécialistes augmente avec la richesse de la région.

Il faut tout de même clarifier la situation. La pénurie de praticiens existe surtout en Suisse alémanique. Celle-ci enregistre en effet un important retard. La Confédération fixe à 1’300 le nombre de nouveaux médecins à former chaque année pour répondre durablement aux besoins de la population. La Suisse romande, qui équivaut à 25% de la population, devrait en former 325. Un objectif largement atteint grâce aux efforts récents des cantons de Genève et de Vaud. Par année, 370 nouveaux médecins sortent de leurs deux facultés de médecine (150 à Genève, 220 à Lausanne). Les trois facultés alémaniques n’en forment que 720 par an (Zurich 300, Berne 240, Bâle 180). Soit un déficit de 255 praticiens par rapport à l’objectif annuel souhaitable de 975 nouveaux diplômés (75% des 1’300, soit le ratio correspondant à la taille de la population alémanique). Le retard alémanique se reflète également dans la plus grande dépendance aux médecins étrangers pour faire tourner les hôpitaux : outre Sarine, le recours à des diplômés étrangers est, en moyenne, 10% plus élevé qu’en Suisse romande.

L’une des causes de ce problème de déserts médicaux est le fait que les médecins étrangers ne puissent pas exercer tout de suite leur métier. En effet, ne possédant pas de diplôme suisse ou européen, ils doivent d’abord repasser leurs examens et obtenir leur titre afin d’avoir la possibilité d’exercer. « Quand je suis arrivé en Suisse, j’ai dû refaire mon diplôme de gynécologie obstétrique, témoigne un gynécologue. En tout et pour tout ça m’a pris 6 ans avant de pouvoir exercer convenablement mon métier ». Ces praticiens étrangers doivent d’abord travailler 3 ans à 100 % dans un hôpital de la Confédération avant de pouvoir passer leur diplôme. C’est un peu plus simple pour les médecins détenteurs d’un titre européen. Ceux-ci doivent d’abord passer par la Commission des professions médicales (Mebeko) pour obtenir la reconnaissance de leur diplôme, et doivent également obtenir leur droit de pratique de la part de la Direction générales de la santé. Tant qu’ils n’ont pas ce droit de pratique ils ne peuvent pas exercer. Pour pouvoir s’installer en cabinet, les détenteurs d’un titre européen doivent d’abord travailler 3 ans dans une institution médicale suisse selon le moratoire sur l’ouverture de nouveaux cabinets qui à été prolongé jusqu’en juin 2019.

Une autre cause de ce problème est le manque de médecins issus des Universités. En effet, le numerus clausus en vigueur dans plusieurs universités accentue la pénurie, et limite les compétences des futurs praticiens. L’association Médecins de famille et de l’enfance, avait critiqué dans un communiqué la décision du Conseil des hautes écoles, en septembre 2017, de maintenir ce système. En effet, plus de 3’000 candidats se pressent pour entrer dans les facultés de médecine qui pratiquent un numerus clausus. À tel point que le nombre de diplômés se situe entre 700 et 800 alors qu’il en faudrait au minimum 1’200 pour assurer la relève. Faute de diplômés suisses, ce sont des praticiens diplômés à l’étranger qui obtiennent les places, ce qui représente un quart des praticiens.

Aujourd’hui, de nombreuses initiatives voient le jour afin de contrecarrer ce déficit de médecins. Outre les efforts des instances politiques et des facultés de médecine, tels que l’augmentation des volées d’étudiants et le soutien à la formation des généralistes, de nombreuses initiatives privées ont vu le jour. La tendance la plus importante est de remplacer le cabinet médical du médecin solitaire par des groupes travaillant sur le même site (cabinet de groupe) ou par des groupes de médecins faisant aussi place à d’autres partenaires du système de santé (maison de santé). D’autre part, tout soutien logistique et/ou financier de la part des communes participent à rendre leur région attractive aux yeux des jeunes praticiens qui souhaiteraient dès lors s’y installer.

 

Camille Delahaye
Responsable Practice Industrie et Life Sciences en collaboration avec Miguel Hernandez


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